Après que Donald Trump ait réussi son coup de force au Venezuela et son kidnapping de Nicolas Maduro, on prête désormais à l’impérial chef des Etats-Unis de vouloir accaparer le Groënland, dépendant du Danemark, de gré ou de force, moyennant finances ou par la voie des armes. L’ordre international qui n’est déjà plus déjà qu’une formule creuse, serait alors vidée de toute sa substance et légitimerait par avance l’annexion de Taïwan par la Chine. Un véritable effet boomerang ! Quant à la signature imminente du Traité du Mercosur, elle signifierait purement et simplement la mort de l’agriculture française et un véritable naufrage politique et diplomatique de la présidence Macron. Pas de quoi se réjouir de ces nouvelles !
Avec le coup d’éclat de ses commandos de la Delta force, Donald Trump a montré ses muscles et lancé un avertissement sans frais à Cuba, au Nicaragua et à la Colombie, « les prochains pourraient être vous ». L’hémisphère américain, nord et sud, est désormais sa chasse gardée et nul ne doit l’ignorer. On parlait d’un risque d’isolationnisme américain avec le retour des Républicains à la Maison Blanche et c’est tout le contraire. N’oublions pas en effet le bombardement, il y a quelques mois, des installations nucléaires iraniennes et une nouvelle intervention militaire possible contre les autorités religieuses de Téhéran, Ayatollah en tête, mais aussi mollahs et gardiens de la révolution. Nous assistons au retour sur la scène internationale du gendarme du monde. A l’évidence, le Vietnam, l’Afghanistan et l’Irak ne lui ont pas servi de leçon. Avec une potentielle annexion du Groënland, qui violerait son intégrité territoriale, Trump joue cependant aux apprentis sorciers, s’il s’aventurait dans une expédition militaire il ferait en effet voler l’OTAN en éclats, ses pays membres, dont les Etats-Unis (!) ne pouvant voler au secours en vertu de l’art. 5 de ses statuts, d’un des Etats membres, en l’occurrence le Danemark. En clair Trump réaliserait le rêve de Poutine, « tuer l’OTAN » alors que précisément son intervention au Groënland vise à éliminer la menace russe et chinoise dans l’Arctique. Hier, l’Amérique intervenait en Asie et en Extrême-Orient au nom de la défense des libertés, de la démocratie et de la lutte contre le communisme, aujourd’hui la bannière étoilée intervient pour s’accaparer les richesses naturelles du sous-sol, pétrole au Venezuela et métaux rares au Groënland, au nom du célèbre slogan « America first », l’Amérique avant tout. Certes Maduro n’était pas un modèle du genre, et sa dernière élection avait été reconnue comme illégale et illégitime aux yeux de la communauté internationale, on ne va donc pas pleurer sur son sort, d’autant qu’il avait mis la main dans le pot de cocaïne.
Il y a pire encore, car dans ce jeu de billard à trois bandes, Trump, s’il s’appropriait le Groënland, fournirait à la Chine, son pire ennemi, un excellent prétexte pour une réunification de Taïwan à l’Empire du Milieu. Au nom de quoi, de quel argument, pourrait-on nous opposer à ce que les Chinois interviennent dans leur zone d’influence et réalisent, comme lui, une « opération de police« , et comme avant lui Poutine l’a fait avec sa propre « opération spéciale » en Ukraine ? S’en prendre au Groënland, après le Venezuela, c’est légitimer tous les coups de force à venir venant de pays totalitaires. La cynisme et l’affairisme de Trump vont laisser des traces indélébiles catastrophiques dans les relations internationales des décennies à venir.
En agissant comme il le fait, au détriment des lois internationales, « seule ma morale compte« , Trump risque de tuer l’OTAN, mais aussi la démocratie, dont les valeurs sont foulées au pied. Et le comble est que l’artisan de cette destruction est le pays même qui se présentait comme le phare de la démocratie en Occident, et l’Amérique la mère de toutes les libertés. Quelle ironie de l’histoire ! Donald Trump et avant lui Vladimir Poutine ont sonné le glas de l’ordre mondial instauré au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ils ont ouvert, comme deux mauvais diables, le couvercle de la boîte de Pandore permettant au chaos de s’installer sur la planète. Quant à l’Europe elle est ravalée au rang de spectatrice d’une situation qui lui échappe totalement. Le déclin annoncé de la civilisation européenne est en marche et le vent de l’histoire ne l’arrêtera pas.
La meilleure preuve est la signature prochaine du traité du Mercosur qui entraînera la disparition dans un futur proche de l’agriculture française, comme le pronostic le slogan « Jeune, on en rêve, plus vieux, on en crève ». Tous les producteurs de lait, de viande, de fromages, les viticulteurs, les maraîchers, etc. vont passer à la trappe de Bruxelles. Et Macron, comme toujours, n’a cessé dans ce dossier de fluctuer, sans jamais réellement venir en aide à nos paysans et nos éleveurs dont les échanges commerciaux sont déficitaires au sein de l’Europe depuis une dizaine d’années. Et que dire vis-à-vis des pays émergents. Cette signature du traité du Mercosur, avec les normes qu’il impose et le déséquilibre des prix qu’il instaure, illustre le naufrage du gouvernement français, et spécialement du président de la République. Après la perte de notre souveraineté industrielle, mais aussi dans le domaine de la santé, en particulier pharmaceutique, c’est notre souveraineté alimentaire, tout autant stratégique, que nous sommes en train de sacrifier au nom de la mondialisation si chère à Emmanuel Macron, qui aura été le fossoyeur de la Vème République.
Dans ces moments de grande tension politique, militaire, économique et commerciale, il nous aurait fallu un grand chef d’Etat à l’Elysée et un grand diplomate au Quai d’Orsay, nous n’avons hélas aucun des deux. L’un et l’autre ne cessent de céder au chantage, hier des algériens, aujourd’hui des américains et de Bruxelles. Qui demain ? La meilleure preuve de cette affaiblissement de la France c’est qu’elle a perdu une grande partie de sa crédibilité sur la scène internationale, on lui réserve encore une place à la table des grands pour quelques miettes, mais on l’écoute seulement par politesse, avec un brin de commisération, quand ce n’est pas du mépris. Avec de Gaulle, la France portait une voix spécifique et forte dans le monde, (premier pays occidental à reconnaître la Chine, rôle de médiateur au Proche et Moyen-Orient, etc.) on admirait son indépendance,(au nom de la souveraineté des peuples à disposer d’eux-mêmes) son génie (Le Concorde, la fusée Arianne, Airbus, le TGV, etc.), on enviait sa force et sa puissance,(grâce à l’arme nucléaire voulue par le fondateur de la Vème République, qui nous permet d’avoir un strapontin au conseil de sécurité des Nations-Unies) que reste-t-il de tout cela ?
Nos dirigeants ont dilapidé l’héritage, et les prémices du déclin européen, mais aussi français, sont là !
Jean-Yves Duval, journaliste écrivain