Le monde entier devrait se réjouir de la chute d’un tyran, doublé d’un narcotrafiquant, et à l’exception de ses semblables dictateurs de Russie, de Chine, d’Iran et de Turquie, c’est à peu près le cas. Sauf, ici, en France, de Jean-Luc Mélenchon, longtemps surnommé le Chavez (prédécesseur de Maduro) français qui vitupère après son arrestation par les Etats-Unis. Il oublie seulement, que l’ancien président du Venezuela était sous le coup d’un mandat d’arrêt de la justice américaine pour trafic de drogue. Sa capture est donc conforme au droit et d’ailleurs ce sont des policiers du FBI et de la DEA qui ont procédé à son arrestation. Maduro, qu’on le veuille ou non, est un criminel à la tête d’un gang de mafieux.
Certes, des voix, toujours les mêmes, s’élèvent contre ce qu’elles considèrent comme un acte contraire aux lois internationales, à savoir l’intervention militaire à l’encontre d’un pays souverain. Ils oublient seulement, ces drôles de démocrates, que Nicolas Maduro a volé à deux reprises le scrutin pour élections présidentielles et que beaucoup de pays ne reconnaissent pas sa légitimité en tant que chef d’Etat sud-américain et surtout que Maduro, après Chavez, avait confisqué le pouvoir au peuple vénézuélien en le privant de ses libertés fondamentales.
Ces mêmes voix semblent aussi ignorer que l’ordre mondial, institué au lendemain de la seconde guerre mondiale, a volé en éclats ces dernières années, sous les coups de boutoir de l’armée russe en Ukraine et son annexion de la Crimée, avant celle à venir des régions du Donbass. Elles feignent aussi d’ignorer que l’ONU (que De Gaulle qualifiait « de machin ») s’est montré, depuis sa création, incapable de générer les nombreux conflits, crises sanitaires, famines, etc. qui ont endeuillé la planète depuis sept décennies. L’ordre international construit par les occidentaux est régulièrement piétiné par les Etats, redevenus des Empires, qui entendent remplacer la loi par la force. Que dira-t-on demain quand la Chine va s’efforcer de récupérer militairement Taïwan ? Ces Empires entendent aujourd’hui défendre bec et ongles leur zone d’influence géographique, après l’avoir au besoin récupérée par la force. C’est le cas de la Russie qui avec Poutine a décidé de retrouver son lustre d’antan, celui incarné par les Tsars et la défunte Union Soviétique, de la Chine, de la Turquie ou encore de l’Iran (ancien empire Perse) qui s’active en Syrie via ses proxys (le Hezbollah libanais) dans le but de détruire l’Etat hébreu.
Dire cela ne signifie pas qu’on avalise les coups d’Etat, les renversements de régime, les opérations militaires, la violation de l’intégrité territoriale de telle ou telle nation, mais c’est établir un constat, les choses ont changé et le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. L’eau entre-temps a coulé sous les ponts de la Seine, du Potomac et de la Moskova. Le monde actuel n’est plus celui des juristes mais des seigneurs de la guerre qui n’hésitent pas à piétiner les règles et les procédures pour assurer leur pouvoir, faire-valoir leur puissance et imposer leur volonté à leurs voisins. Quel qu’en soit le prix !
En 2026, nous vivons dans un monde de violence généralisée où règne la loi du plus fort et du plus grand désordre. Hier encore, l’Amérique était le phare de la démocratie du haut de sa statue de la Liberté qui trône à l’entrée du port de New-York, elle se présentait comme le gendarme du monde, aujourd’hui c’est chacun pour soi et au plus fort la poche. L’Amérique entend faire valoir son statut de première puissance mondiale, militaire et économique, et en capturant Maduro elle perpétue la tradition du Far West lorsque le shérif arrêtait les brigands, « au nom de la loi », comme disait Steve Mc Queen. Elle protège aussi ses intérêts stratégiques en effectuant une OPA sur les réserves pétrolières du Venezuela et en stoppant du même coup l’approvisionnement en or noir de la Chine, de la Russie et de Cuba. Bien joué, oncle Picsou, pardon, oncle Donald ! Les compagnies « major » américaines, Chevron, Exxon Mobil, Arbusto, ont de beaux jours devant elles, l’Oncle Sam et le dieu dollar est là, qui veille.
En menant son opération militaire éclair avec les unités spéciales de la Delta Force, Trump a préempté le pétrole vénézuélien, comme ses prédécesseurs l’ont fait en Irak, mais il a agi sous couvert de la morale et de la justice, en disant vouloir punir un narcotrafiquant dont les tonnes de cocaïne ont inondé les Etats-Unis et tué des centaines de milliers d’américains. Il a ainsi justifié l’opération Absolute Resolve, « Détermination absolue » avec ses 150 hélicoptères, chasseurs bombardiers, et drones, au nom de la lutte anti-drogue. Quel artiste, même Emmanuel Macron a été obligé de saluer la fin de « la dictature de Maduro », alors qu’un peu plus tôt son ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, « dénonçait l’intervention américaine ». Tout était en place pour que Donald Trump fasse son show, ce qu’il a fait depuis sa résidence de Floride.
Une ligne rouge a été franchie ce week-end, ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, 2026 promet d’être fertile en évènements géopolitiques et nous réserve d’autres surprises de taille.
Jean-Yves Duval, journaliste écrivain